À l'occasion de la venue en France de Kenji Ōba au Chibi Japan Expo, l'acteur et cascadeur japonais, célèbre pour avoir incarné Retsu Ichijouji / Gavan dans la série Uchuu Keiji Gavan (X-OR), a répondu aux questions de Coyote Mag. Une interview dans laquelle il revient sur ses débuts à la JAC, sa carrière de cascadeur et d'acteur, X-OR, San Ku Kaï, Sonny Chiba, Kill Bill et bien d'autres souvenirs de sa carrière.
Coyote Mag : Quand vous étiez jeune, étiez-vous plutôt télévision ou cinéma ?
Kenji Ōba : Je regardais plutôt la télévision. À cette époque, mes camarades et moi étions fans d'une série dans laquelle Sonny Chiba tenait le rôle principal, Key Hunter. Même lorsque nous étions dehors en train de nous amuser, dès que l'heure de Key Hunter approchait, nous rentrions chez nous pour ne pas rater l'épisode. Plus tard, j'ai pu rencontrer mon idole, Sonny Chiba, lors d'une audition. J'ai également joué dans Key Hunter à 17 ans.
Coyote Mag : Avez-vous appris les arts martiaux avant d'entrer à la JAC (Japan Action Club) ?
Kenji Ōba : Non, c'est en entrant à la JAC que j'ai vraiment pratiqué les arts martiaux. J'avais fait un peu de judo auparavant, mais rien de sérieux. Pour tout ce qui concerne la gymnastique, c'était pareil. Je savais faire un flip arrière, à tout casser, mais pas plusieurs d'affilée, ni de salto. Je me suis mis aux arts martiaux pour apprendre à bouger à l'écran.
Coyote Mag : Pourquoi êtes-vous entré à la JAC ?
Kenji Ōba : Il n'y avait pas beaucoup de travail. Je fais partie de la première génération d'élèves, mais il y avait la génération zéro avant nous, celle qui avait fondé la JAC. Ils étaient sept ou huit. Lorsque j'ai passé les examens d'admission, sur trente participants, seulement six, moi inclus, sont parvenus à intégrer la JAC. Par la suite, quatre des six ont abandonné au cours du premier mois, car les entraînements étaient vraiment très durs.
C'est un métier qui nécessite l'utilisation de muscles que l'on n'utilise pas habituellement. Par exemple, nous devions apprendre à chuter sans matelas. Nous en utilisions uniquement lorsque nous grimpions à la corde à dix mètres de hauteur.
Coyote Mag : Comment êtes-vous entré dans le milieu du cinéma ?
Kenji Ōba : Lorsque je suis entré à la JAC, je me suis entraîné pendant six mois avant d'être autorisé à travailler sur les séries dans lesquelles soit mon patron, M. Chiba, était le héros, soit des membres de la JAC travaillaient.
En fait, j'avais commencé à travailler sur Key Hunter, où Sonny Chiba était le héros, en faisant quelques apparitions comme doublure. Ensuite, mon premier véritable rôle récurrent fut dans la série Yagyū Ichizoku no Inbō (Le Complot de la famille Yagyū), tirée d'une histoire très célèbre qui a été adaptée au cinéma, à la télévision et sous de nombreuses autres formes.
Coyote Mag : Quels souvenirs avez-vous de votre premier tournage ? Était-ce comme vous l'imaginiez ?
Kenji Ōba : Dans Key Hunter, mes camarades m'ont dit à un moment : « Allez, vas-y, c'est à toi de dire ton texte. » Je faisais partie d'une bande de mauvais garçons et j'avais quelques lignes à dire, mais c'était la première fois que j'avais la caméra pointée sur moi en tant qu'acteur et non en tant que cascadeur.
Je devais, pour la première fois, véritablement jouer. Je dis donc mes quelques phrases et là, Sonny Chiba, qui jouait le héros de la série, se jette au milieu du groupe de malfaiteurs et nous terrasse à coups de poing et de pied. C'est également la première fois que je me retrouve en gros plan et que j'encaisse un coup de M. Chiba. Je tombe, je fais une grimace de douleur et je m'évanouis (rires). Rien que de jouer cette scène avec un bon timing a été vraiment très difficile.
Coyote Mag : Avant de tourner dans la série San Ku Kaï, avez-vous participé au long-métrage de Kinji Fukasaku qui l'a inspirée, Les Évadés de l'espace ?
Kenji Ōba : Oui, j'y joue le rôle d'un méchant. M. Fukasaku était quelqu'un de très consciencieux. Il était capable de déceler les fautes parmi plusieurs dizaines d'acteurs. Pendant une scène regroupant un grand nombre de personnes, il pouvait interpeller un figurant : « Hé, toi, dans le fond ! Pourquoi tu te marres, là ? »
Coyote Mag : Que pensez-vous de la carrière de Hiroyuki Sanada, Ayato dans la série San Ku Kaï, qui est devenu connu après avoir arrêté les cascades ?
Kenji Ōba : Hiroyuki Sanada a débuté comme moi à la JAC en tant que cascadeur. Nous avons des amis communs qui sont décédés durant des scènes d'action. Ce sont les risques du métier. Sanada a également eu un accident qui l'a atteint au niveau des hanches, ce qui l'empêche désormais de réaliser certaines cascades.
Je pense que le jeu d'acteur et les talents de cascadeur sont deux choses à ne pas mélanger. Il faut donc considérer le Hiroyuki cascadeur, qui a su s'imposer à son époque, et le Hiroyuki acteur d'aujourd'hui. Même s'il ne peut plus réaliser de scènes trop dangereuses, les gens peuvent maintenant l'apprécier pour ses talents de comédien.
Coyote Mag : Comment se passe l'ascension d'un cascadeur ?
Kenji Ōba : Cela dépend, mais on ne peut pas vraiment parler d'ascension. Certains ne veulent pas être acteurs, d'autres oui, tout en restant cascadeurs. Parmi ceux-là, certains deviennent directeurs de chorégraphie. Mais cela ne peut pas se faire facilement, il faut une période de transition.
Ils suivent donc des aînés plus expérimentés sur les tournages afin de les observer et d'apprendre le métier. Ensuite, on commence par leur confier de petites chorégraphies.
S'ils deviennent chorégraphes titulaires, ils peuvent enfin entrer véritablement dans le milieu. Aujourd'hui, être cascadeur est devenu plus difficile, même à Hollywood. À cause des nouvelles technologies et des images de synthèse notamment, ce métier se fait de plus en plus rare.
Coyote Mag : Pourquoi vous a-t-on choisi pour jouer Gavan (X-OR) ?
Kenji Ōba : Sur ce genre de série, le salaire n'est pas proportionnel au nombre de rôles que l'on joue. Généralement, il faut payer des acteurs pour jouer les héros non costumés et d'autres acteurs pour interpréter les héros transformés. Alors, si je jouais les deux rôles moi-même, la production économisait un salaire. Mais finalement, on m'a demandé de n'incarner que le personnage non costumé.
J'avais déjà tourné dans deux séries Super Sentai avant X-OR, Battle Fever J et Denziman. Mais nous étions cinq à cette époque, donc si un acteur se blessait, on pouvait éventuellement continuer avec quatre membres. Alors que pour X-OR, j'étais seul.
Il fallait donc que je sois capable d'exprimer à moi seul plusieurs personnalités. Dans les Sentai, chaque personnage — rouge, vert, bleu, etc. — possède une spécificité et un caractère différents.
Le leadership, la gentillesse, la force, le charme... Là, je devais être capable d'exprimer toutes ces facettes avec un seul personnage, puisque j'étais tout seul. Je devais être gentil avec les enfants, faire preuve d'humour avec les personnages récurrents et comiques, tout en étant à la fois cool et intransigeant face aux méchants.
Je dois dire que, pour mon âge, c'était quelque chose de vraiment intéressant, car j'avais chaque jour tout un éventail de facettes à interpréter.
Coyote Mag : Avez-vous ajouté un peu de votre touche personnelle au personnage ?
Kenji Ōba : C'est moi qui ai eu l'idée du « Laserolame ». Ils voulaient un sabre qui brille, alors j'ai proposé d'en faire carrément une sorte de sabre laser. Pareil pour la pose de X-OR, c'était mon idée.
Je pense que les enfants attendaient un héros comme X-OR. Avant, il y avait déjà des séries comme Ultraman et Kamen Rider, mais le public voulait quelque chose de nouveau.
Coyote Mag : Quelle est votre actualité et quels sont vos projets ?
Kenji Ōba : Aujourd'hui, je suis producteur, coproducteur et consultant sur des séries. De nos jours, au Japon, pour être apprécié du public, il faut participer aux émissions de variété. Habituellement, c'est l'inverse : on est invité dans une émission parce que notre série est un succès. Mais actuellement, le problème est que le succès d'une série dépend également de ce qu'en dit la télévision. Donc, pour qu'une série fonctionne, on doit payer les chaînes pour en parler dans leurs émissions.
Si cet argent était plutôt employé à l'évolution des studios de tournage, par exemple, on pourrait améliorer la qualité des programmes... Mais plutôt que d'être devant la caméra, je veux former des jeunes et j'ai surtout très envie de réaliser. Je voudrais tourner des œuvres sans avoir à utiliser trop de trucages. Je tournerais bien dans des décors fabriqués à la main, par exemple, avec des angles de prise de vue originaux.
Cela fait des années que j'en parle, mais, hélas, personne ne m'a encore offert cette chance. Sur X-OR, par exemple, les explosions derrière le personnage lorsqu'il arrive à l'écran et dit son nom, c'était mon idée. J'aimerais réaliser mes rêves de réalisateur un jour.
Coyote Mag : Comment avez-vous été choisi pour jouer dans Kill Bill et Battle Royale 2 ?
Kenji Ōba : Quentin Tarantino est un fan de Sonny Chiba et notamment de la série Hattori Hanzō: Kage no Gundan, dans laquelle je joue, au cours de la cinquième saison, le rôle d'un ninja au crâne rasé. Quentin Tarantino avait aimé ce personnage et m'avait demandé si je pouvais me raser le crâne pour le film. Il l'a surtout demandé à Sonny Chiba. Et, bien sûr, j'ai accepté.
Quentin Tarantino avait donc cette image de nos deux personnages et les a transposés tels qu'il les avait appréciés dans la série. Alors que, dans la série télévisée, le personnage joué par Sonny Chiba me traite mal tout le temps, dans Kill Bill, c'est complètement l'opposé : c'est moi qui l'envoie paître à chaque fois (rires).
Pour Battle Royale 2, Kinji Fukasaku, qui devait le réaliser, est décédé alors que le casting n'était pas encore terminé. Nous étions encore sept à devoir auditionner pour mon futur rôle. Son fils, Kenta Fukasaku, m'a alors choisi, car son père avait souvent tourné avec des membres de la JAC. C'était l'occasion de pouvoir lui rendre hommage à travers ce film.
Coyote Mag : À part Kill Bill, avez-vous tourné dans d'autres films occidentaux ?
Kenji Ōba : Dans The Bushido Blade, avec Toshirō Mifune, Sonny Chiba et James Earl Jones, je crois que c'est tout. En fait, je ne songe plus vraiment à jouer la comédie, j'ai tourné la page.
Si on devait me proposer un rôle, il faudrait que ce soit un personnage qui ne dise pas un mot. Je ne parle pas de copier Charlie Chaplin, qui avait son propre univers dans le cinéma muet, mais d'un rôle dans une série normale où mon personnage n'aurait aucune réplique.
Je devrais m'exprimer uniquement avec mon corps, mon visage et mes attitudes. Pour être franc, je n'aime pas vraiment les personnages trop bavards.
Coyote Mag : Est-ce différent de travailler pour les Américains ? Qu'en avez-vous retenu ?
Kenji Ōba : En fait, il y avait un traducteur et je n'avais à parler que japonais. Je n'avais donc pas à parler une langue que je maîtrisais très mal. Cela m'a enlevé une grosse épine du pied, car je déteste devoir jouer dans une langue que je ne maîtrise pas.
Plusieurs années auparavant, j'avais déjà participé à une production étrangère pour un film intitulé Golgo 13. Je pense que lorsque nous tournons dans des pays étrangers, les gens montrent beaucoup plus de respect envers nous, acteurs japonais, que dans notre propre pays.
Coyote Mag : Avez-vous beaucoup voyagé pour votre métier ?
Kenji Ōba : Il y a quatorze ans, lors d'une tournée professionnelle, je suis allé dans plusieurs pays accompagné de Sonny Chiba. Au Brésil, à São Paulo, nous avons assisté à un combat de karaté et, pour l'occasion, nous avons réalisé une sorte de chorégraphie avec mes camarades de la JAC.
Ensuite, nous sommes allés au fin fond du Brésil pour une émission de cuisine, où nous avons mangé des piranhas et une sorte de poisson verdâtre. Nous avons également mangé un animal à carapace. On le tuait et on le retournait sur le dos et, comme il avait une carapace, cela faisait une sorte de pot-au-feu. C'était très enrichissant.
Coyote Mag : Vous avez décidé de faire une pause dans votre carrière d'acteur afin de vous consacrer à votre famille. Le regrettez-vous ? Le cinéma ne vous manque-t-il pas ?
Kenji Ōba : C'est vrai que lorsque je tournais dans des séries pour enfants, j'avais un peu arrêté pour m'occuper de ma famille, mais on m'appelait encore de temps en temps. Par exemple, j'avais fait une apparition dans un épisode de Jiraiya, mais comme j'étais parti depuis très longtemps, je ne reconnaissais plus vraiment le milieu du tournage.
Il faut dire que certains jeunes acteurs de l'époque se voyaient déjà en haut de l'affiche et faisaient preuve d'un peu d'autosuffisance.
Peut-être m'avait-on également rappelé afin que je remette un peu les choses dans le droit chemin. Mais ce n'était pas mon rôle, alors j'ai fait en sorte de prendre un maximum de plaisir en tournant ces scènes.
C'est vrai que les héros étaient là pour un an, donc ce n'était pas toujours facile pour eux, alors que moi, j'étais appelé de temps en temps. Je pouvais donc prendre sur moi et faire en sorte que cela se passe mieux.
Après, il est vrai que pendant cinq ans, j'étais en dehors du milieu. Les choses avaient évolué et beaucoup changé. J'ai donc été amené à rencontrer des gens avec lesquels je n'avais jamais travaillé auparavant parce qu'ils n'étaient pas encore arrivés dans le métier à mon époque.
J'étais connu pour mes rôles, mais ils ne me connaissaient pas forcément personnellement puisque je n'avais jamais travaillé avec eux. Il était donc parfois assez difficile d'établir une véritable communication.
Coyote Mag : Aujourd'hui, vous continuez à vous produire dans des spectacles avec votre troupe LAMY, dans votre région natale d'Ehime. Comptez-vous un jour revenir dans le monde du cinéma ?
Kenji Ōba : En fait, je suis producteur de spectacles et, à l'intérieur de cette société, la section consacrée à l'action s'appelle LAMY.
Dans ma région, c'est la seule équipe qui pratique à la fois l'action et les cascades. Si j'avais l'occasion de revenir au cinéma, je n'hésiterais pas, mais peut-être pas en tant qu'acteur principal. J'aimerais plutôt faire travailler des gens, les former et leur transmettre mes connaissances.
Si j'avais la chance d'interpréter un professeur, un père ou quelqu'un capable de transmettre ses connaissances aux jeunes générations, j'avoue que cela me plairait beaucoup.
Et puis, à 53 ans, je pense que j'aurais quand même du mal à redevenir, à moi tout seul, le héros d'une série d'action.
Coyote Mag : Depuis 1972 jusqu'en 2003, vous avez enchaîné les tournages et êtes devenu un acteur réputé, notamment grâce à la série X-OR. Pensiez-vous arriver jusque-là ?
Kenji Ōba : En fait, je n'avais pas vraiment envie d'être acteur au départ, mais simplement cascadeur. Mais c'est vrai qu'en étant uniquement cascadeur, on ne gagne pas vraiment sa vie. Alors, je suis devenu acteur.
J'ai appris à aimer être acteur au fur et à mesure, et c'est surtout grâce à toutes les rencontres que j'ai pu faire et à la JAC.
Je suis sincèrement reconnaissant envers mes maîtres et, si je pouvais leur rendre la pareille et faire en sorte que tout ce qu'ils m'ont appris serve aux générations futures, j'en serais vraiment heureux.
Créer une école d'acteurs et de cascadeurs serait vraiment une très bonne chose et pourrait bien fonctionner au Japon. Mais pas seulement : ses élèves pourraient également avoir la chance d'être engagés dans des productions étrangères.
À l'époque où j'avais tourné ma première série, lorsque j'interprétais mon personnage sans costume, je jouais également certaines scènes une fois transformé, parce qu'il y avait peu de personnes capables de me remplacer et d'effectuer les mêmes cascades. C'est ainsi que je me suis retrouvé à faire les deux.
Coyote Mag : Êtes-vous surpris du nombre de fans venus vous voir au Chibi Japan Expo ?
Kenji Ōba : Je suis moi-même fan de X-OR, alors je les comprends. Et surtout, je suis heureux de recevoir tous ces remerciements pour une série sur laquelle j'ai risqué ma vie.
Interview publiée dans Coyote Mag n°30 — mars 2009.
Interview : Frédéric Ambroisine et Thomas Maksymowicz.
Photos : Laurent Koffel.
Remerciements : Pierre Giner et Frédéric Frot.
Source : Coyote Magazine.